Etre spirituel

L’homme intérieur qui voudrait n’agir, autant que la faiblesse humaine et la condition de la vie présente le lui permettent, que par ce principe divin qu’il possède en lui-même, et qui n’est autre chose que l’Esprit vivifiant par lequel il a été régénéré et fait enfant de Dieu, et qui s’est communiqué à lui plus abondamment dans les autres sacrements, selon ces paroles de l’apôtre : « la charité de Dieu a été répandue dans nos cœurs par le Saint Esprit qui nous a été donné ». (Rm 5, 5) ; l’homme intérieur se rapporte lui-même et toutes ses actions à Dieu. Dans tout ce qu’il fait il ne cherche que le regard de Dieu ; et par ce qu’il sait que les regards divins sont attachés sur ce qu’il y a de plus intime en nous, « Dieu plus intérieur à mon cœur », que c’est l’hommage du cœur qu’il attend de nous : « Dieu regarde le fond du cœur » (1 R 16, 7), il s’applique avant toute chose à réformer ce qu’il y a dans son cœur de vicieux et d’imparfait, et tous ses soins tendent à embellir en lui-même c’est image que Dieu y a gravée de son Divin Etre et qui n’est aperçu que de lui.

              C’est là son occupation de tous les moments ; la continuité de ses travaux, les fatigues du corps, les besoins de la vie, la dissipation des voyages, les soins multipliés, l’embarras des affaires, ne peuvent le lui faire oublier, ni même l’en distraire. Il fait mille choses différentes, et toutes ces choses ne sont qu’une pour lui. Ces emplois, sa situation varient, mais son objet est toujours le même. Il ne veut, il ne se propose en tout cas accomplir la volonté de Dieu. Sous quelque forme qu’elle se montra lui, dans la bonne et la mauvaise fortune, dans la maladie ou la santé, dans les épreuves voulait consolation, dans les fers ou dans la liberté, elle lui apparaît toujours également aimable, également digne de son respect et de son amour. Tout élève son esprit vers Dieu, lui seul a enflammé son cœur. La prière est comme son élément, il ne vivrait point sans elle. Les travaux et les sacrifices lui plaisent, parce qu’ils lui fournissent le moyen de faire à Dieu quelqu’ offrande qui lui soit agréable. Il ne rejette point le repos et de saints loisirs, parce qu’il peut s’y livrer sans crainte aux attraits du divin amour.

                                       8e circulaire, in Lettres circulaires 1799-1808, Durassié, Paris, 1935,pp. 266–267