Heureux les pacifiques

   […] La paix qui est l’objet de cette béatitude est celle de Jésus-Christ, apportée par lui à la terre et promise aux hommes de bonne volonté ; c’est la paix avec Dieu, avec le prochain et avec soi-même, dans une pleine soumission à la volonté de Dieu. Elle est réservée à ceux qui cherchent la gloire de Dieu, qui résistent fortement au monde, aux démons et aux passions, qui ne souffrent en eux-mêmes rien qui puisse déplaire à la divine majesté.

Les pacifiques, ce sont ceux qui veulent procurer cette véritable paix en établissant le règne de Dieu, en bannissant le péché, l’attrait du mensonge, l’empire des ténèbres. L’esprit pacifique n’est donc pas précisément l’amour de la paix entre tous, l’esprit de conciliation, le pardon des injures, objet de la douceur et de la miséricorde. Cette béatitude regarde des intérêts plus nobles encore et plus importants : la gloire de Dieu, le salut des âmes, l’extension du règne de Jésus-Christ. C’est le zèle puisé dans le Cœur de Jésus : zèle universel, fort et qui ose tout ; patient mêmes s’il ne rencontre que rebuts ; généreux jusqu’à sacrifier biens, santé, vie même ; actif sans oisiveté ni repos.

À son premier degré, le zèle des pacifiques se caractérise par des désirs nobles et efficaces, au second par des travaux entrepris avec joie et supportés courageusement jusqu’à la mort, au troisième par la soif de toujours plus de travaux et de croix : « toujours plus, Seigneur ». En un mot, cette béatitude consiste en une grande conformité avec Jésus-Christ, prince de la paix, qui par sa croix a pacifié le monde.

On voit par là comment cette béatitude surpasse et embrasse les autres. Nul ne saurait être plus heureux que celui dont le bonheur consiste dans la gloire de Dieu et qui trouve de la joie dans ce que la nature redoute.

« Ils seront appelés enfants de Dieu. » Ce nom appartient tellement à tous les bienheureux qu’il est pour tous la première et principale source de leur bonheur ; cependant ce nom est attribué par excellence au Pacifique comme une récompense acquise un titre spécial et admirable.

                                                             R.P. de Clorivière, Les Exercices de 30 jours. Méditations. Hors commerce, 1924, pp 193–194.