La consécration au Christ dans le monde

Au cœur de la Révolution française, Pierre de Clorivière propose une forme de vie consacrée et précise ce qu’il veut pour la Société du Cœur de Jésus et pour les Filles du Cœur de Marie : être de Jésus-Christ tout en étant dans le monde.
Plusieurs textes confirment ce choix : les Plans des sociétés (1790 et 1792) ; Mémoire aux évêques (1798) ; Mémoire au Pape (1800), au Cardinal Caprara (1802) ; Exposé de l’Œuvre (1808) ; Lettres circulaires ; Manuel des Filles du Cœur de Marie (1818) etc…


Voici quelques textes
:
Si l’on considère ce corps [les deux Sociétés] à l’extérieur…, on peut dire avec vérité qu’il n’a rien au dehors de commun avec les Ordres religieux, ni habitation commune, ni vêtement uniforme, ni séparation des personnes, ni exemptions particulières ; il laisse ceux qu’il admet au nombre de ses membres avec les mêmes droits, les mêmes charges, les mêmes devoirs que les autres citoyens. Il ne trouble en rien l’intérieur des familles… chacun reste à son emploi. » (D.C., p. 441s).
Dieu vous a marqué (par votre vocation) qu’il ne demandait pas de vous que, pour le servir, vous vous sépariez du monde… vous êtes effrayés à la vue des dangers du monde. Cette frayeur est bonne, jusqu’à un certain point… mais qu’elle n’aille pas jusqu’à vous faire croire que ces dangers sont insurmontables et incompatibles avec la perfection de la sainteté… les paroles de Jésus-Christ prouvent qu’il est un état où, sans être séparé du monde, on peut atteindre au comble de la perfection et qu’on n’y atteindrait pas hors de cet état. (Triduum prêché aux Filles de Marie, 1796)

C’est une chose conforme à notre vocation que chacune demeure dans sa condition… quelque soit cette condition… le soin principal de chacune doit être de s’y rendre parfait… afin de retracer par là parmi nous quelque image de l’Église naissante.
Ces deux choses décrivent l’une et l’autre la nature de cette Société et de la fin qu’on s’y propose. Cette société n’étant point confinée dans la retraite du cloître… il est nécessaire qu’elle embrasse toutes les conditions de la vie civile, dans lesquelles on peut atteindre à la perfection par la pratique constante des conseils qui constituent l’état religieux (Manuel des filles du Cœur de Marie, 1818).
« Parce que vous n’êtes pas du monde (Jean 15, 19) »

Par le monde, je n’entends pas les hommes qui composent le monde en tant qu’ils sont les ouvriers de Dieu, capables de le connaître, de l’aimer, de le servir et de le posséder un jour. Ce n’est pas en ce sens qu’ils sont au monde [qu’ils appartiennent au monde]. Comme tels, Jésus-Christ les a aimés, il a répandu son sang pour eux et il nous ordonne de les aimer.
«Je ne vous prie pas de les ôter du monde » (Jean, 17,15)

Après avoir parlé de l’opposition que les Apôtres ont avec le monde, l’Homme-Dieu ne prie pas son Père de les en séparer…, il ne veut pas même qu’ils s’en retirent eux-mêmes pour se livrer à la contemplation, comme l’ont fait tant d’autres saints ; il veut au contraire qu’ils demeurent au milieu du monde… les Apôtres sont les pierres fondamentales sur les-quelles son Église doit être établie… il faut que l’homme-Dieu les sème comme le grain de sénevé dans le champ du Père de famille, qu’il les y enfouisse… qu’ils soient comme ce levain céleste que la divine Sagesse enferme dans la masse du genre humain… et qui, loin d’en contracter la pesanteur et la corrup-tion, la soulève au contraire par la vertu qu’il reçoit du sang de la Croix (Rayez et Fèvre, Commentaire du discours après la Cène, inédit).