L'Evolution de notre famille jusqu'à ce jour

 

a) Daniel Fontaine
(1862-1920)

 

L'homme

 

Une activité débordante

Pendant son noviciat, il fait en même temps ses études de philosophie.

A Clichy, il ne se contente pas d'un apostolat classique, au demeurant fort riche : catéchèse, préparation aux sacrements, rosaire, prédication…dans un quartier « en friche ». Il crée beaucoup d'œuvres : patronages, école libre, association de piété, associations charitables, confréries, œuvres sociales (cours du soir, ateliers…), activité syndicale, activités journalistiques…

 

Un homme brillant...

Il devient très vite un spécialiste de droit canonique.

Il est nommé adjoint au maître des novices, alors qu'il vient tout juste d'être ordonné prêtre.

Sa grande culture lui attire les « lettrés » : Claudel, André Gide, François Mauriac, Charles de Foucauld …

 

…Et d'une grande efficacité

Il parvient à rétablir la situation complètement compromise de l'œuvre des Orphelins d'Auteuil qui était dans un délabrement le plus complet.

 

Un caractère assez difficile . . .

Un tempérament un peu « soupe au lait », bouillant, vif.

Il s'attire des animosités des Frères de Saint Vincent de Paul, car il se croit autorisé à proposer des solutions à leurs problèmes !

Il quitte Auteuil sur un conflit avec les supérieurs de la congrégation.

 

…Mais ouvert.

Il est à la fois accessible pour les enfants défavorisés et pour les grands écrivains.

Il est perçu comme proche d'eux par les chiffonniers qui l'accueillent avec respect .

 

Sa spiritualité

Une double dévotion

Le Sacré Cœur Marie.

Un amour des pauvres

Il entre très tôt dans la Congrégation de St Vincent de Paul.

A Clichy, ce qui l'intéresse avant tout, c'est d'atteindre la masse de ceux qui ignorent Jésus-Christ.

Un homme de prière

Un amoureux du Rosaire.

Ce que viennent chercher les « grands » de la littérature, c'est le prêtre, le spirituel.

 

Le restaurateur
de la Société du Cœur de Jésus

Une terre travaillée

Son engagement dans la Congrégation de Saint-Vincent de Paul, son travail au sein de l'œuvre des Orphelins d'Auteuil nous montrent un homme profondément impliqué dans le monde où il est et au service de la mission.

Une longue recherche

Daniel Fontaine est un fervent religieux et en quittant sa congrégation, il ne peut se résoudre à abandonner ses engagements évangéliques mais c'est aussi un séculier avant la lettre qui veut vivre son engagement dans le monde. Pendant une quinzaine d'années, il va être en recherche d'une harmonie entre son désir d'une vie religieuse et d'une vie séculière.

Il fera de nombreuses tentatives avant de faire renaître l'œuvre de Pierre de Clorivière.

« Ce que je voulais, c'est qu'un pauvre curé, un pauvre vicaire isolés ne fussent pas condamnés à ne pouvoir être religieux. »

Sa recherche le mènera successivement :

  • 1903, Chanoines réguliers
  • 1904, Oratoire de saint Philippe de Neri
  • 1905, Adoratrices de Londres
  • En 1906, il découvre la vie de Pierre de Clorivière et fait son oblation d'entrée dans la société qui n'existe plus. Il entreprend de multiples démarches, un peu désordonnées.
  • 1914, Il va à Lisieux demander à la petite Thérèse un compagnon…qui sera, le jour même Charles Viennot.

Le témoignage de vie d'une religieuse, Fille du cœur de Marie, finira de le convaincre : « c'est cela qu'il faudrait pour les prêtres ! » c'est-à-dire une société offrant aux diocésains les mêmes engagements que les religieux.

Sa recherche pour pénétrer l'œuvre de notre fondateur se fait alors plus profonde.

La restauration

En juillet 1918, Fontaine prend sa décision : Il entreprendrait de rétablir la Société du Cœur de Jésus.

Le 29 octobre 1918, Fontaine, Viennot et Bois renouvellent leur oblation à Montmartre. Les recrues commencent à arriver et à la mort de Fontaine, 2 ans après, la Société compte déjà 15 membres.

 

b) L'approbation de la société
(02 février 1952)


En juillet 1920, Fontaine introduit une demande d'approbation pontificale. Il est reçu, longuement écouté, mais cela n'aboutit pas, la demande est trop insolite à l'époque.

C'est en effet nouveau, que l'on vienne demander pour des séculiers la profession des conseils Evangéliques et des vœux, jusqu'ici réservée aux religieux.

Nos premières constitutions seront donc calquées sur celles des Congrégations.

En 1952, Pie XII approuve la Société du Cœur de Jésus comme un institut séculier.

 

c) Un nouveau départ
(1952-1972)

La reconnaissance par Rome, en tant qu'institut séculier, est une surprise. Il fallait revoir toutes les constitutions.

  • L'AG de 1953 insiste alors sur la place centrale de l'apostolat dans le charisme de l'Institut.
  • L'AG de 1962 s'ouvre peu avant le concile. On insiste alors sur un apostolat marqué par la pauvreté, la chasteté et l'obéissance.
  • La session de 65 nous met en symbiose avec les premiers documents conciliaires. On insiste alors sur la dimension communautaire. Une nouvelle règle de vie est écrite. Elle met l'accent sur la référence au Christ, l'appel, la convivialité. La pratique de la révision de vie apparaît.
  • En 1969, on opte pour le sigle G.E.M (Groupes Evangiles et Mission) pour souligner le double accent Evangélique et missionnaire.

On perçoit mieux l'importance des groupes locaux, des partages de vie et de la relation fraternelle.

  • 1970, les laïcs commencent à interroger les prêtres de l'institut sur la signification d'une vie séculière. Une nouvelle dimension de vie est alors mise en valeur : la sécularité

Cette ouverture aux laïcs est confirmée à Chartres en 1972.

 

d) Chartres
(1972)

Deux éléments majeurs à retenir :

  • L'internationalisation

« Pourquoi pas dans tout l'univers ? »

« Il nous faut nous convertir à une ouverture aux autres qui n'a rien de facile, pour accueillir avec le Christ ce qui nous semble le plus étranger à nos façons de penser. »

  • L'arrivée des laïcs

La présence des laïcs est reconnue comme possible. Les recollections et les retraites peuvent être ouvertes à des personnes n'appartenant pas aux GEM. La règle de vie modifiée, approuvée ad expérimentum, confirme l'ouverture possible aux laïcs.

 

e) St Thomas - Chantilly
(1978) - (1984)

Ces deux assemblées générales définissent des orientations très importantes en ce qui concerne l'internationalisation, la sécularité, la consécration, le ministère de l'appel.

  • Internationalisation et inculturation

Le corollaire à l'ouverture au monde entier est une nécessaire inculturation pour exprimer la mission dans un vocabulaire et une culture.

L'appel à suivre Jésus dans le monde entier, ne peut faire abstraction de notre enracinement dans un peuple, une culture, une histoire.

C'est un appel à sanctifier cette portion du monde où nous sommes insérés en vivant en lien constant de solidarité et d'échanges avec le monde où nous sommes placés.

Le Christ, qui a vécu dans une famille, un village, une histoire n'a pas voulu nous retirer du milieu où Il nous a appelés.

  • Une consécration séculière

Notre insertion dans le monde est vocation. Nous sommes appelés à collaborer de plus près à la réalisation du monde.

Le même Esprit nous pousse à vivre au milieu des hommes et à suivre le Christ de plus près.

Le Christ nous saisit, et du coup nos vies se transforment : nous voulons lutter, là où nous sommes contre toutes les injustices ou perversions qui dégradent l'homme ; nous prenons les risques nécessaires pour résister aux courants du monde  :effet de mode, conformisme, honneurs, puissance, facilité…

Nous sommes consacrés pour la mission qui est de se laisser traverser par l'Evangile pour dire Dieu là où nous sommes.

Cette consécration impose de nous renouveler dans la pauvreté, la prière, la chasteté, la vie fraternelle et l'obéissance.

Dès lors :

  • Notre pauvreté est séculière et là où nous sommes, nous avons à poser des choix de vie pour être solidaires des pauvres dans l'usage des biens de tous ordres.
  • Notre prière est séculière, cela signifie que toute notre vie est prière. Nous louons en permanence le Seigneur à l'œuvre dans notre vie et autour de nous. Nous pratiquons la relecture quotidienne de vie. Des temps forts viennent rythmer notre souffle partagé avec Dieu.
  • Notre chasteté est séculière et elle nous conduit à l'accueil des autres différents de nous qui sont autour de nous. Nous prenons position, par notre vie, contre toute forme de banalisation de l'amour.
  • Notre obéissance est séculière et nous refusons, en prenant les risques nécessaires, pour nous et pour les autres toute forme de pouvoir qui domine et écrase l'autre.

 

f) Elewijt
(1987)

On s'attache à mieux définir les relations entre contemplation et mission.

Dans notre consécration séculière s'articulent contemplation et mission (pas « ou bien »). Faire l'expérience de Dieu, sur le régime séculier, c'est se laisser façonner par cette parole unique qui retentit dans le cœur, en même temps qu'elle est à l'œuvre dans le monde. Nous cherchons Dieu, là où Il est venu, et est toujours présent, dans la vie des hommes. Dans ce monde où nous sommes, nous contemplons et nous agissons.

 

c) Strasbourg
(1990)

Nous prenons conscience d'être, « un laboratoire d'expérience pour l'Eglise » où elle apprend comment répondre aux appels dans le monde. Cela est possible par notre consécration séculière pour la mission de faire naître dans le monde le Royaume. Ce don de l'Esprit Saint nous fait prononcer des engagements qui nous mettent au service du Christ dans le monde.

Deux thèmes sont privilégiés par l'assemblée : inculturation, justice et partage.

  • Inculturation

Les personnes et les peuples qui accueillent l'Evangile doivent pouvoir se l'approprier, l'intérioriser et l'exprimer selon leur génie propre dans leur vécu quotidien.

  • Justice et partage

La rencontre des plus pauvres est un lieu de rencontre de Jésus souffrant. Remettre l'homme debout, lui rendre sa dignité doit être notre préoccupation constante dans notre famille, dans l'exercice de notre métier, dans nos relations de voisinage ou d'amitié, dans nos engagements politiques et associatifs.

Il est essentiel d'insister sur la qualité évangélique de nos vies et de notre témoignage en plein monde. Notre consécration est la source de cette qualité.

 

h) Nantes
(1992)

Assemblée générale extraordinaire (demandée par la congrégation des instituts de vie consacrée) de réaffirmations plus que d'affirmations nouvelles.

Nous sommes appelés à faire de nos vies un oui sans cesse renouvelé à la Personne de Jésus qui nous a appelés à consacrer notre vie pour Evangéliser cette portion du monde et du temps où nous sommes insérés.

 

i) Lisbonne
(1994)

Le texte de l'AG s'attache surtout à préciser trois éléments :

La vie consacrée et la juste compréhension d'un institut consacré s'enracinent dans la vie trinitaire .

Le charisme d'un institut séculier comporte 3 pôles :

  • Un pôle de consécration, par la profession des conseils évangéliques qui nous destinent à être de plus en plus les fils du Père.
  • Un pôle de mission qui nous envoie dans le monde à la suite du Christ.
  • Un pôle de spiritualité qui nous situe à l'école de l'Esprit.

Notre institut doit avoir une bonne théologie trinitaire pour éviter d'hypertrophier un des aspects précédents au détriment des 2 autres.

 

La dévotion du Cœur de Jésus est pleinement pertinente pour relever les défis de la justice et du partage dans le monde.

Notre consécration n'est pas un but en elle-même, pas pour nous, mais au service de la consécration du monde. Elle me met au service de la justice de Dieu et lui offre, parmi d'autres, l'humble chemin de ma vie et de ma personne pour irriguer le monde. La mission en institut séculier est celle de personnes consacrées qui sont renvoyées à leur vie ordinaire pour y agir comme un ferment, pour y diffuser et y partager la justice de Dieu.

Il s'agira toujours pour nous :

  • De tendre à une conformité au Christ pauvre
  • De prendre des risques avec et en faveur des personnes en quête de justice et de partage.
  • De se donner les moyens d'analyser et de comprendre ce qui se passe en profondeur.

 

j) Lyon
(1996)

L'internationalisation de l'institut est devenue réalité, les sensibilités différentes s'expriment, il y a le souci de respecter dans chaque état de vie la spécificité des sacrements reçus et des engagements pris… L'assemblée de Lyon prend en compte ces nouvelles réalités en redéfinissant l'organisation de notre famille spirituelle composée des PCJ, de l'ISM, de l'ISF et la Société de Vie Evangélique du Cœur de Jésus.

L'ITEV devient donc la SVE où se retrouvent hommes et femmes, prêtres et laïcs, célibataires et mariés, qui veulent vivre ensemble un engagement spécifique et total. Noter le mot « société » car le mot institut ne nous est pas autorisé par Rome.

La famille devient famille Cor Unum en 1998 précise l'organisation nécessaire pour l'unité et la diversité.

 

k) Banneux
(2002)

Après l'étape nécessaire de structuration de la famille, celle-ci veut se donner les moyens de la rendre vivante :

En se recentrant sur sa source : le Christ.

« Plus nous nous laissons configurer à Lui par l'Esprit, plus nous le rendons présent et agissant dans l'histoire en vue du salut du monde. »

Par des liens en profondeur

  • Par l'accueil des différentes sensibilités
  • Par le soutien mutuel dans la fidélité à nos vocations propres
  • Par plus de simplicité dans nos choix personnels et ceux de la famille.
  • En ouvrant de nouveaux chemins d'audace apostolique.

- Combat spirituel, pour être toujours plus près du Christ

- Combat social pour relever les défis du monde contemporain et vivre la justice et le partage.

- Combat culturel pour promouvoir l'altérité, inculturer l'Evangile.

- Combat politique pour construire un monde plus juste et plus fraternel.

- Combat ecclésial pour que l'Eglise soit davantage habitée par les sentiments du Christ.

En formant des formateurs

La SVE veut développer :

  • Une manière d'être ensemble en mettant en valeur la vie de groupe, en poursuivant le travail de recherche sur les différents états de vie, en communicant avec les frères et sœurs de tous horizons.
  • Un service du bien commun par une présence fraternelle et engagée dans nos lieux de vie et par une communion de vie qui soit signe pour l'Eglise et le monde.
  • L'appel en approfondissant notre accueil dans la famille, accompagnant la formation qui doit conduire progressivement à un engagement perpétuel, en proposant à d'autres le charisme de la famille.

A Banneux, la Congrégation pour les instituts de Vie consacrée et les Sociétés de Vie Apostolique a approuvé la Société de Vie Evangélique comme association de droit pontifical.

 

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