L'homme

Caractère vif et indépendant, fort tempérament, dur avec lui-même et exigeant avec les autres. De haute stature et de constitution robuste. Inébranlable dans ses convictions. Timide.

Un bégaiement tenace qui le fit beaucoup souffrir.

« Mon bégaiement s'accrut au point que pendant cette première année d'études, où je souffris beaucoup, je fus incapable de formuler un argument. »

« Pour ce qui est de l'embarras de ma langue, quoiqu'il ne m'empêche pas tout à fait de remplir mon devoir, j'ai cependant déplaisir de ne pouvoir faire les choses comme il me semble qu'il le faudrait. »

Le Jésuite

L'entrée dans la Compagnie de Jésus : La dame du noviciat des jésuites.

« Dieu vous appelle sous la protection de saint Ignace et saint François – Xavier. Voici le noviciat : entrez-y. Vous serez un saint Ignace et un saint François-Xavier. Le Seigneur m'a fait connaître sa volonté au moment où vous entriez dans l'église. »

Le dernier jésuite à faire profession avant la disparition de la Compagnie en sera aussi le restaurateur en France.

Montmartre.

Le 2 février 1791, le Père De Clorivière fonde la société du cœur de Jésus, à Montmartre, dans la chapelle même où St Ignace et ses compagnons avaient prononcé leurs premiers vœux.

Interrogatoire de mai 1804

« J'ai été et je suis encore Jésuite. J e ne me donne point cette qualité, parce qu'ils ne sont point encore reconnus en France. »

 

 

Pleinement inséré dans son temps

Comment vivre pleinement l'Evangile dans une société qui tend à l'oublier ou à le rejeter ?

 

1758

Premiers vœux le 15 août

1763

Fermeture des collèges jésuites et expulsion des jésuites de France

Exil à Liège.

Ordonné prêtre à Cologne

« … D'autres ont pris notre place. Pour nous, nous sommes dans l'incertitude de ce que nous deviendrons… Qu'il est doux de s'abandonner à la divine providence. »

1766

Exercices spirituels de 30 j

1767

Maître des novices à Gand jusqu'en 1770

1773

Suppression de la Compagnie par le pape

Vœux solennels

Etre de la Compagnie « c'est reconnaître JC pour ce qu'Il est …non pas d'une manière stérile, mais d'une manière qui règle notre conduite et nos sentiments envers Lui.»

1775

Expulsion de Belgique et retour en France

Livre : « Prière et Oraison »

…1786

Curé de paroisse à St Malo

1786

Supérieur du petit séminaire de Dinan

1787

Rencontre de Adélaïde de Cicé

02/1790

Interdiction des vœux religieux

Suppression des ordres et congrégations

Sermon de P d Cl. Sur «  la nature et l'excellence de l'état religieux »

07/1790

Promulgation de la constitution civile du clergé

Démission de sa charge de supérieur.

Inspiration : «  Pourquoi pas en France ? Pourquoi pas dans tout l'univers ? »

09/1790

Approbation des 2 sociétés par Mgr de Pressigny

02/1791

Premiers engagements

Fondation de la Société du Cœur de Jésus à Montmartre.

«  Le temps d'entreprendre quelque chose de grand pour le Seigneur est venu. La grandeur des maux que souffre la religion, des maux plus grands dont on est menacé…demande et sollicite un prompt secours

1792

1797

Terreur : Plusieurs compagnons guillotinés

P d Cl. se cache

« Veillons et prions. Il faut s'armer du bouclier de la foi, du casque du salut et de la cuirasse d'une ferme confiance. Avec ces armes que le Seigneur nous donne nous serons invincibles. »

1799

Adélaïde arrêtée

P d Cl se cache

« La croix tient lieu de tout : l'âme qui la possède est de JC, et JC est avec elle. »

1800

Attentat contre Bonaparte

1801

Adélaïde acquittée

Le pape approuve oralement les 2 sociétés

1802

Eglise assujettie au pouvoir politique du concordat

P d Cl essaie de structurer ses sociétés en Provence, Besançon, Orléans, Tours…

1804

Arrestation de P d Cl. à Paris

« Quant à ma liberté, je ne m'en inquiète pas le moins du monde, j'en ai fait le sacrifice au Seigneur ; Il est le Maître de me la rendre quand il lui plaira. Le Seigneur en allège la peine par les consolations, qu'il m'y fait goutter ; et par le bonheur, que j'ai eu d'y faire quelque chose pour son service. »

1805

Réadmis dans la Compagnie qui subsistait en Russie.

1809

Pie VII arrêté à Rome

Libéré après 5 ans de Prison

1812

Pie VII transféré à Fontainebleau

1813

P d Cl. rencontre le pape qui redit son approbation des sociétés.

1814

La restauration de la Compagnie en France est confiée à P d Cl.

«  Je me sens encore assez de vigueur d'esprit et de corps… Ce serait même une grande satisfaction pour moi de pouvoir à la fin de mes jours rendre quelque faible service à la société, à laquelle j'appartiens toujours…qui m'a si tendrement accueilli et m'a prodigué tous ses soins pendant bien des années . »

1817

P d Cl est déchargé de ses fonctions

1818

Mort de Adélaïde de Cicé devant le Saint Sacrement

1820

Mort de P d Cl. devant le Saint Sacrement.

1825

Approbation écrite des sociétés par Léon XII

 

Un maître spirituel pour aujourd'hui

La recherche de la perfection

« Ma principale étude doit être celle de ma perfection. Il n'y a point de moment où je ne doive y travailler… Mais je suis pleinement convaincu que c'est plus Son ouvrage que le mien. »

« Chercher en chaque chose le plus parfait. »

« Pour dompter la chair, loin de lui accorder tout ce qu'elle demande injustement, je dois même lui retrancher quelque chose de ce que je pourrais lui accorder. »

Spiritualité de l'évènement

« Faire un grand cas des petites choses. »

« Je dois passer chaque moment du jour présent sans être préoccupé de ce qui doit arriver demain. »

Maîtrise et bon usage de la parole

« Parler peu ; aimer le silence et éviter plus que la mort toute parole inutile et oisive. »

« C'est très difficile et on ne peut espérer y parvenir à moins de s'efforcer de se libérer de toutes pensées futiles et d'être constamment uni et conversant intérieurement avec Dieu. »

« La langue exige d'autant plus de vigilance qu'il est plus difficile de la contenir, et qu'il est au contraire bien facile de laisser échapper quelque parole qui blesse. »

Pratique de l'examen particulier

« Je me suis plusieurs fois rendu compte que c'était chose agréable à Dieu de continuer en cette matière de mon examen particulier : bien que d'autres fois j'en ai été détourné comme étant peu utile à mon avancement spirituel, ce que je considère comme un piège du diable, car j'ai expérimenté le contraire. »

Par rapport aux tentations d'impureté qui l'ont assailli pendant plus de 10 ans, surtout pendant l'oraison.

« Je fais moi-même ce que je conseille aux autres de faire en de telles occasions, c'est-à-dire de n'en pas faire grand cas, mais, sans être jamais anxieux, d'en prendre occasion pour m'humilier. J'ai soin de ne rien faire qui puisse causer ces tentations et, tant qu'elles durent, j'en détourne mon esprit autant que je peux et je le fixe en Dieu… Grâce à Dieu, je ne pense pas y avoir cédé. »

L'humilité

« Soyez humble dans vos affections. Ne désirez pas être estimée plus que vous l'êtes. N'ayez pas même un trop vif désir d'une grande perfection, car souvent l'orgueil se mêle à ce désir et il n'est pas le vrai moyen d'avancer. Dans le chemin de la perfection, on ne monte qu'en descendant. C'est la voie tracée par Jésus-Christ dont l'apôtre écrit : «  Il est monté », qu'est-ce à dire sinon qu'il est descendu. »

« Soyez humble dans vos paroles, Ne vous louez pas du bien que vous avez fait. Il suffit que Dieu l'ait vu. »

Un maître d'oraison

C'est son expérience qu'il décrit, expérience vécue avant même d'entrer au noviciat.

Oraison passive

« J'y avais eu autrefois quelque accès un an après ma conversion, et j'y ai plus ou moins persévéré jusqu'à ce que je commence mon noviciat où on me dit de m'appliquer à la méditation ou à l'oraison affective ce que par obéissance je fis pendant plusieurs années, bien que sans consolation…Il plut à Dieu de m'y appeler de nouveau d'une manière plus spéciale et plus forte  ; mon oraison fut approuvée  ; elle rencontra depuis quelques altérations et interruptions, mais maintenant j'y suis plus établi qu'avant et en tire plus de bénéfices. »

Passive ?

«…Attention amoureuse de l'esprit et adhésion de la volonté à Dieu présent et agissant dans mon âme. »

« …Sentiment intime de la présence et de l'opération de Dieu, que lui seul peut donner. »

« J'ai d'ordinaire un sujet en vue. Mais je pense très rarement m'y appliquer ; ou même si je voulais faire usage de l'esprit pour y réfléchir, cela ne ferait que me distraire et me rendrait le cœur tout sec. »

« Quand je me présente pour prier, je suis doucement attiré en moi-même par cette conscience de la présence de Dieu en moi, et m'unissant à lui je l'adore, je l'aime, je m'anéantis devant lui, et je consens à son action, mais tout cela se fait très simplement et pour ainsi dire d'un coup sans distinction d'actes et presque sans mouvement des facultés de l'âme. »

Oraison continuelle

« Faire une oraison continuelle par mon attention à la présence de Dieu en mon désir de lui plaire en tout. »

« Au lieu de l'appeler une attention à Dieu, je l'appellerais plutôt une sorte de sentiment et de conscience de la présence de Dieu en moi qui me dicte en maintes occasions ce que j'ai à faire ou à ne pas faire. »

Une foi incarnée

« Beaucoup de chrétiens déshonorent par leurs mœurs la profession de foi qu'ils font. Ils vivent comme s'ils ne croyaient pas, comme s'ils croyaient tout le contraire. Ils croient en Dieu et n'y pensent jamais. Ils croient en Jésus-Christ, et toute leur vie se passe à l'outrager. »

« Ce que Dieu nous a donné, ce qu'Il attend de nous : une foi vive qui sert à régler tous nos actes et à diriger toutes nos demandes. Elle nous sert à mesurer et à apprécier chacune des choses qui se présentent, de sorte que nous les aimions ou les méprisions qu'autant que la foi nous enseigne qu'elles sont estimables ou méprisables. Qu'en conséquence, nous nous y attachions plus ou moins dans les mêmes proportions, de manière que paraissant encore agir par les lumières et sous la direction de la raison, nous n'agissions réellement dans chacune de nos actions qu'au flambeau et par l'impulsion de la grâce. »

« Il ne suffit pas de croire tout ce que doit croire un chrétien, il faut vivre d'une manière conforme à sa foi. »

Confiance devant ses faiblesses

«  Dans quelque état que vous soyez, sachez y demeurer tranquille et contente. Voilà ce que le Seigneur veut de vous. Tant que vous ne saurez pas supporter vos misères et vos imperfections, vous serez à plaindre et vous n'avancerez jamais dans le service de Dieu. »

« Ne vous troublez pas de vos faiblesses et de vos misères personnelles, soit présentes soit passées. Ce n'est pas en soi mais en Dieu qu'il faut mettre sa confiance. »

Le zèle à servir Dieu

« Quand il y aurait quelque danger, le bien spirituel des âmes et l'intérêt général de la religion demandent dans les circonstances qu'on s'expose à quelque chose. »

« Il faut que nous ayons un ardent désir que Dieu soit connu et glorifié dans tous les hommes. »

Un mystique du Sacré Cœur et de Marie

« …Quand pourrons-nous dire avec le grand apôtre, que Jésus-Christ seul vit en nous ? »

«  La Passion de notre Seigneur doit être le sujet ordinaire de nos méditations. »

 

 

Son projet

Le 12 juillet 1790, la constitution civile du clergé est promulguée. Clorivière récuse cette intervention de l'état dans un domaine qui relève strictement de l'Eglise. Il formule alors le souhait d'aller en mission dans le nouveau monde.

Le 19 juillet, il a une soudaine inspiration. Il lui fut dit comme intérieurement d'une manière très vive :

« Pourquoi pas en France ? Pourquoi pas dans tout l'univers ? »

« Il lui fut aussi montré, comme dans un clin d'œil, l'idée d'un plan qui devait être très utile à l'Eglise et contribuer au bien d'une infinité d'âmes. »

1) Finalité

Dans un contexte de suppression des vœux religieux, le projet de Clorivière vise à maintenir un corps de témoins consacrés au Seigneur dans l'Eglise et pour le monde.

« Comme le monde cherche à abolir le Christianisme, … La société des filles du Cœur de Marie doit être une pépinière de martyres, qui préfèreront de verser leur sang et de souffrir toutes sortes d'affronts et de tourments plutôt que de rien faire contre l'honneur de Jésus et de sa très sainte Mère. »

2) rapports avec le monde

  • Référence à l'Eglise primitive.

« … Elles sont dans le monde…pour y répandre la bonne odeur de Jésus-Christ, à l'exemple de ces vierges illustres des premiers siècles du Christianisme… »

« Nous nous proposons de retracer, dans ces derniers âges, quelque image de l'Eglise naissante, de cette Eglise formée par les apôtres… »

  • Influencée par le contexte

« Le défaut d'habitation commune…est commandé par la nécessité, par l'état d'oppression où se trouve l'Eglise… »

  • Sans signes distinctifs, sans apostolat particulier.

« …Elles seront dans le monde, sans être du monde. »

« Les hommes de cette société, unis dans le Christ par un lien purement intérieur, n'auront à l'extérieur aucun signe de leur association, ni forme déterminée de costume, ni maisons, ni églises, ni biens-fonds, ni richesse d'aucun genre. »

« …Une société, liée par les trois vœux, qui n'aurait rien qui la distinguât et la séparât, à l'extérieur, de la société commune et générale…Ils n'auront rien au dehors, qui les fit reconnaître pour religieux. »

  • Sociétés religieuses

« Par société véritablement religieuse, nous entendons une société dans laquelle on se consacre entièrement et pour toujours à Dieu par les vœux de Pauvreté, de Chasteté et d'obéissance, qui constituent l'homme religieux. »

  • Vivre les conseils Evangéliques dans le monde

« Les vœux faits dans nos sociétés n'opèrent pas une mort civile, comme d'acheter, de tester…Quand on est admis dans nos sociétés, on ne cesse pas d'être ce qu'on était auparavant, prêtre ou clerc…Le simple fidèle n'est même pas obligé de quitter son emploi…En faisant les mêmes vœux, en prenant sur soi les mêmes obligations, quant à l'essentiel, que les autres religieux, le prêtre séculier et le laïc, ne font que se perfectionner, chacun d'eux dans son état. »

« …Chacun peut rester dans son état et en suivre les usages, si cet état et ces usages peuvent se concilier avec la perfection religieuse. »

« La pratique du vœu de chasteté est la même que dans tous les ordres religieux. » Il en est de même «  des deux autres vœux quant à la pratique intérieure et spirituelle. La différence ne regarde que la pratique extérieure et provient de la nature même de ces sociétés qui, pour subsister au milieu du monde ennemi de Jésus-Christ ont besoin de se cacher au monde. »

3) L'unité

« Ce qui caractérise surtout les premiers chrétiens, c'est l'union parfaite qui régnait entre eux, union si grande qu'ils n'avaient tous ensemble, dit le texte sacré, qu'un seul cœur et une seule âme. C'est aussi ce que nous devons principalement nous proposer d'imiter. »

«  …Elles auront pour devise commune : une seul cœur, une seule âme. »

« …Des rassemblements fréquents, la plus intime correspondance…Des rapports mutuels les uns envers les autres…Une règle commune qui prescrira les mêmes devoirs. »

 

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